UNE PASSION LYCÉENNE

MARION H 18 ANS

L’interview


Bonjour Marion,
J’ai eu le plaisir de te retrouver le 18 février 2011 au lycée (amphithéâtre Thomas Narcejac) sur la scène de la comédie musicale « Maladie d’Amour ».

Et te sachant désormais en première année Prépa de l’École des Chartes au lycée Henry IV à Paris, je me suis étonné d’une telle « militance » : tu es en vacances (zone A), de retour dans ta famille, et voici que tu fonces aussitôt au lycée pour soutenir l’équipe théâtrale du lycée (aujourd’hui un peu diminuée en effectifs), au sein de laquelle tu t’étais déjà très investie l’an passé au mois de juin.

marionMa première question :

Pourquoi tant de passion ?..

Mon premier lien très fort a été la préparation du Bicentenaire du lycée. A cette époque, j’étais en Seconde, lorsque monsieur Ludovic Marcos, professeur d’histoire, a commencé d’allumer mon intérêt pour les origines du lycée ; et dans le même temps de conforter mon intuition qui datait déjà de la Quatrième, que l’histoire pouvait devenir mon métier. C’est ainsi que j’ai pu identifier mon projet professionnel au travers de la découverte d’une école archivistique : l’École des Chartes. Mais au-delà de l’aspect historique, mon investissement s’est renforcé et étendu au cours de mon année de Première, puis de Terminale : contribution à cette comédie Musicale, à l’organisation de la fête de fin d’année  « les Têtes de l’Art », à la réalisation du journal interne « Les Griffes du Tigre », etc…  Il s’agissait de montrer que les élèves aiment l’endroit où ils vivent, qu’ils ont envie de le faire découvrir, de parrainer ceux qui arrivent, de ne pas rester avec des oeillères… Je me suis vraiment éclatée, et de plus en plus à l’aise en Terminale. Ce qui me fait dire d’ailleurs qu’il aurait fallu une sensibilisation forte dès la Seconde pour générer très tôt ces liens, pour les stimuler plus vite. L’idéal serait peut-être de passer dans les classes en début d’année et de présenter tout ce qui se fait : activités sportives, musique, journal, ateliers théâtre, atelier photos,.. Bien sûr, les élèves ne sont pas toujours autant réceptifs qu’on le voudrait ; il faudrait peut-être une structure fédérative composée d’élèves qui aurait l’envie et le temps de former les équipes d’après.  

Oui, mais, ce retour au lycée un an après ?..

Je le disais tout à l’heure, c’est bien souvent un petit noyau qui est la locomotive. Et parfois, il fond comme neige au soleil. Par exemple pour la reprise « Maladie d’Amour », il y avait eu quelques défections. Je me suis dit que je ne pouvais pas laisser tomber Claire Soleranski (prof de maths au lycée), qui est l’âme du spectacle ; et je suis revenue. Et puis, ça fait du bien de revenir chanter et danser, de monter sur scène. Et d’éviter de devenir monomaniaque ! Car la Prépa est décidément très prenante, on se laisse si facilement enfermer…

Justement, ton parcours, ton arrivée au lycée Henri IV,.. Ta vie aujourd’hui,.. Ton futur métier ?..

Après ma scolarité au collège St Jean-Baptiste, comportant un stage en entreprise à Nantes (librairie de livres d’occasion), je suis entrée tout à fait normalement au lycée Clemenceau. C’était mon lycée de référence déterminé par la carte scolaire. Trois ans plus tard, mention Très Bien au bac, ce qui me permet aujourd’hui de bénéficier d’une bourse au mérite. Admise ensuite sur dossier à Henry IV en 1° année de prépa École des Chartes. 20 heures de cours hebdo,mais énormément de travail personnel. Je vis donc désormais à Paris ; logée en foyer d’étudiantes, situé à 5 minutes du lycée ; un immeuble de 60 petits appartements avec sanitaires et cuisine en commun. Ce qui fait que là aussi nous développons une convivialité active. Concernant mon admission à ce foyer, j’ai eu beaucoup de chance. En effet il est a priori strictement réservé aux anciens élèves d’établissements disposant d’une Amicale adhérente à l’Union des Associations d’anciens et anciennes élèves des Lycées et Collèges français… Aussi j’ai été un peu déroutée au moment de ma demande d’admission en apprenant que l’Amicale Clemenceau-Jules Verne n’en était pas membre.*

Le déroulement des études ? La classe préparatoire au lycée Henry IV dure 2 ans (parfois 3). La formation de l’école est de 4 ans (3 ans et 9 mois pour être précise), avec présentation d’une thèse en 4°année. L’école prépare principalement aux métiers de bibliothécaire et d’archiviste paléographe. Nous sommes payées pendant la durée des études en échange de 10 années dues à la fonction publique d’état, ou territoriale.

Et ensuite, devenir archiviste ! mais le métier n’est pas du tout la caricature que l’on s’imagine ! on n’est plus dans le look « catho monarchiste avec fleur de lys à la boutonnière » ; et ce n’est parce que l’on s’évertue sur de vieux grimoires que l’on vit sous trois centimètres de poussière ! aujourd’hui l’histoire oblige à se tenir au courant des dernières recherches scientifiques… Résoudre des énigmes, casser des codes, mettre à jour des trouvailles… Par exemple, comme j’aurais été fière d’avoir contribué  à la découverte récente de cette partition inédite de Mozart à la médiathèque de Nantes  ! ou bien de ce manuscrit inconnu de Léonard de Vinci! oui, il y a bien un côté Arsène Lupin ou Da Vinci Code !.. (Rire).

Et l’Amicale des anciens élèves dans tout ça ?

Revenir personnellement vers l’Amicale des anciens élèves, pourquoi pas ? Mais je suis encore très prise par les études. Et puis j’aurais aussi quelques exigences : que ce soit une association qui sache effectivement mettre en valeur l’histoire comme cela a été fait lors du Bicentenaire ; c’est ça qui a fait bouger. Ainsi lorsque, deux ans après étant en Terminale, je croisais encore des élèves portant le badge du Bicentenaire, j’éprouvais un vrai choc émotionnel, je ressentais comme une vraie « couleur caractéristique du lycée »…  Une Amicale qui raconterait le vécu des anciens élèves. Mais qui parallèlement serait véritablement dynamique et contemporaine, tournée vers des activités en relation avec les élèves actuels, ceux qui s’impliquent dans le lycée au présent… Sans oublier de se mettre également en lien avec l’association des professeurs… Voilà ce qu’il faudrait instiller dans l’Amicale.

Merci Marion. Mais que va t on devoir inventer  maintenant? Il est encore si loin,l’horizon du Tricentenaire !


Propos recueillis par Bernard Allaire – Nantes, 21 février 2011

** En réalité, il y eut une époque où l’Amicale était effectivement membre de l’Union des Associations d’anciens et anciennes élèves des Lycées et Collèges français. Notre Amicale fut d’ailleurs puissance invitante et organisatrice à Nantes, au lycée Clemenceau du Congrès national de l’Union :  19-23 mai 1961.