Le ciné blog d'olivier

Blog : Cinéblog d'Olivier Borel

L’un de nos jeunes lecteurs, Olivier 18 ans, nous autorise à « pirater » son blog très subjectif consacré à l’actualité cinématographique. Nous en publierons régulièrement la chronique.

Description : Ce blog a pour vocation de faire passer des informations et de partager des avis concernant de près et de loin l'univers du septième art, en privilégiant une approche par cinéastes et par mouvements
Article Créé le : 22 octobre 2011


The Artist, de Michel HAzanavicius : cinécrophilie

Après sa présentation à Cannes, The Artist sort en salle. Le voilà donc, le film qui ose le pari du muet et du noir et blanc en 2011.

Michel Hazanavicius fait ici incarner une star du muet interprétée par Jean Dujardin, George Valentin, déchu dans sa gloire par l’arrivée du parlant et épris de l’étoile montante Peppy Miller (Bérénice Béjo).

the artist

J’ai bien conscience des foudres que je risque de m’attirer, que je me suis déjà attiré hier soir à la sortie du ciné, en émettant peut-être, du bout des lèvres, quelques réserves sur cet objet d’un consensus assez suspect.

Avant d’en venir aux mains, je préfère donc commencer par évoquer ce qui me séduit (enfin, c'est beaucoup dire) dans The Artist. Il faut sans doute saluer l’audace de réaliser, en 2011, un film presque intégralement muet, en noir et blanc, avec format carré, un film qui respecte à la lettre les codes du cinéma des années 20.

Il va de soi que cette réalisation témoigne de la grande érudition cinéphilique de son auteur, une qualité qu’on apprécie quand beaucoup s’emparent d’une caméra sans connaissance du cinéma, et par conséquent sans ambition cinématographique. Un film qui prend acte de ce qui a été fait avant lui n’est jamais une mauvaise nouvelle. Cette cinéphilie doit donc être saluée et appréciée. Par ailleurs, il serait bien sot de nier la réussite technique et la reconstitution remarquable du cinéma de l’époque, dans les costumes de Jean Dujardin, les immenses salles de cinéma, l’adorable chapeau cloche de Bérénice Béjo, le remarquable travail des acteurs pour adopter le jeu plus expressif et corporel qui convient au muet. Et plus encore, il faut saluer la maîtrise de la grammaire cinématographique de l’époque. Mais enfin, tout ça pour quoi ?

Hélas pour pas grand chose. Le premier problème du film d’Hazanavicius est qu’il nous raconte une histoire que l’on connaît déjà. La déchéance des stars hollywoodiennes a déjà fait l’objet de beaucoup d’œuvres. Et malheureusement The Artist ne supporte pas la comparaison avec celles-ci, que ce soit dans le registre de la comédie avec Chantons sous la pluie de Stanley Donen, ou du drame grinçant avec Boulevard du crépuscule, de Billy Wilder. Ou encore le jubilatoire jeu de massacre de Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? de Robert Aldrich. Le film n’ayant rien d’intéressant à nous dire, mieux, à nous montrer, il reste rivé au sol et se transforme dès lors en contemplation béate de son projet, où l’on n’en finit pas de s’émerveiller de faire du cinéma muet en 2011.

D’où le sentiment que toute cette petite équipe se regarde tourner en n’en revenant pas de faire une chose si extraordinaire, semblant s’exclamer « Regardez, on fait du muet, trop bien, quelle audace ».

Cela va bien un temps, les cinq premières minutes peut-être, mais il aurait été pertinent de passer en suite à autre chose et de faire en sorte que cette forme certes audacieuse rencontre un sujet qui retienne notre attention. Or The Artist se révèle vite d’un grand ennui, et passé la première demi-heure qui constitue plus une illustration pédagogique de ce qu’est le cinéma hollywoodien des années 20, un exercice scolaire de pastiche (qui n’est pas synonyme de parodie et n’a pas pour but de faire rire, rappelons-le !), le scénario éclate dans toute sa pauvreté.

Le récit de la déchéance de ce brave George Valentin n’en finit pas et s’enchaînent de pénibles séquences répétitives et explicatives. Pour le coup on regrette fortement que la durée des productions de l’époque, qui tournait plutôt autour d’une heure, soit la seule caractéristique qui n’est pas été respectée !


Le gros problème de ce film est finalement peut-être d’avoir pour but non pas de s’emparer d’une forme, le film « à la manière » des années 20, pour faire éclater une personnalité, mieux, une individualité, une singularité d’auteur de cinéma (comme le fait Guy Maddin), mais de se contenter de suivre un canevas prêt à l’emploi pour offrir du cinéma consensuel. En affirmant vouloir faire du cinéma « populaire », Hazanavicius fait surtout du cinéma qui ne fâche pas, qui n’ose rien, en clair : du cinéma confortable. Et ainsi dans chaque plan on ne trouve plus du cinéma mais une vaste entreprise de séduction d’un spectateur dont on veut flatter le goût pour le rétro. Non pas que je ne trouve pas de charme au rétro par ailleurs, au contraire, mais à condition que ça ne fasse pas coquille vide. Or le vide, le film ne finit pas d’en brasser et se transforme en bel objet creux. Bref, le cinéma réduit à l’état de pot de fleur. Déjà Serge Daney professait vers les années 60 la mort du cinéma en écrivant : « Cinéphilie, cinécrophilie, modes rétros, goût du kitsch, cinéma célébrant le cinéma comme une nostalgie, « cinéma à l’ancienne » que l’on fait revivre dans de vieilles salles – et bientôt à la télé – avec esquimaux en stuc, ouvreuses momifiées, avant-programme d’époque. Le cinéma réduit à son rite » (Ciné-Journal, p.6). Eh bien, quand on voit The Artist, on se dit qu’on n’est pas loin du compte ! Le cinéma perd ainsi son objet, qui est rappelons-le l’expression d’une individualité, d’une vision du monde (qu’il me soit permis de le croire encore, mon jeune âge excusera ce qui passera peut-être pour naïveté !) pour devenir une attraction de foire, un tour de manège à la Disneyland avec ses automates de cire.

The Artist est sans doute un film aimable, film s’ébahissant devant son propre projet, mais qu’il soit permis de ne pas s’enfoncer dans le consensus qui l’entoure et de trouver tout cela un peu sinistre.