Interview de Luka

Luka Da Silva, 17 ans, élève de Terminale ES au lycée Clemenceau.

- Bonjour Luka. Merci d’avoir accepté cette interview. Je te rappelle qu’il s’agit d’un document qualitatif, non pas d’un sondage. 

Voici la question est unique et centrale : 

Qu’est ce que tu, et vous, lycéen(s) pouvez, ou pas, attendre, espérer de l’Amicale des anciens élèves ?

 

- J’ai posé la question à l’équipe de rédaction du journal (Les Griffes du Tigre) « qu’est ce que vous attendez de l’Amicale des anciens élèves ? ». 

La réponse a été unanime. Personne ne savait qu’il y avait une Amicale. Et ce qu’ils ont demandé, c’est davantage d’information. Avant de demander quelque chose, davantage d’information des lycéens.

Personnellement je connaissais bien l’Amicale depuis un certain temps, Mr Liters m’en avait parlé. Il m’avait offert des numéros du Vieux Bahut que j’avais lus ; et après avoir vu ce que vous faites je pensais que l’une des utilités de l’Amicale serait d’avoir un réseau à la sortie. Un peu comme dans ce qui se passe dans les écoles plus tard, ce serait vraiment un atout. D’ailleurs cela figure dans votre statut je crois, d’aborder la solidarité entre les anciens élèves. Par exemple, je ne sais pas si vous faites un annuaire des anciens élèves ?

 

- Tu le souhaiterais ?

 

- Oui.

 

- Dans quel esprit, ce réseau ?

 

- Je parle plutôt d’une manière professionnelle en fait. Dans toutes les grandes écoles, ils ont ça, un annuaire destiné aux anciens élèves. Ainsi, quand on a besoin de quelqu’un ayant des compétences spécifiques, on peut y rechercher. Et puis ça permet aussi d’entretenir les relations entre lycéens. Je sais que dans mes groupes d’amis du lycée nous allons tous partir dans des villes différentes, et ça peut être bien d’avoir une structure qui permette de garder un peu des liens. Oui, c’est ce que j’attends d’une Amicale c’est de permettre de conserver les liens forgés au lycée.

Je vais vous dire : la première fois que j’ai vraiment pensé que c’était utile d’avoir un réseau... En fait, nous sommes plusieurs dans ma classe à préparer les concours de Science Po, et on a eu de la chance, en en parlant avec une de nos professeurs, de nous rendre compte qu’elle avait un de ses anciens élèves qui étudiait à Science Po et qui pouvait nous donner des conseils pour réussir, nous faire passer des oraux blancs pour nous entrainer. Sauf qu’on s’est dit que si on n’avait pas eu cette prof, peut être qu’on n’aurait pas pu avoir ces relations et rencontrer cet étudiant.       

 

- Un réseau, un annuaire ?

 

- Oui, ainsi on aurait les études faites par cette personne, sa profession actuelle, l’entreprise dans laquelle elle travaille... Et si l’on envisage d’aller dans certains cursus et  que l’on ne sait pas vraiment ce que ça vaut, on pourrait en parler, voir son ressenti...

 

- Comment tu appellerais cela ?

Un annuaire. Un annuaire de contacts. Oui, mais au fond ce serait quoi le « plus » ? 

 

- Une aide à l’orientation, clairement. Et plus tard, après l’orientation, l’aide professionnelle. Ce serait une mise en relation entre le lycéen qui cherche à s’orienter et les gens qui ont fait la même chose, deux, trois, quatre, cinq ans avant, et qui peuvent livrer leur ressenti. En plus, ce serait individuel.

 

- Quoi d’autre ?

 

- Il y a beaucoup de choses dans l’Amicale. Par exemple, ce que j’ai beaucoup apprécié dans le Vieux Bahut, c’est de mettre vraiment en relation. Dans le Vieux Bahut, ça crée véritablement le lycée. Parce que finalement on ne reste que trois ans au lycée, parce que je n’ai pas été au lycée avec vous ni avec des gens qui ont été au lycée dix ans avant moi, et que, avec les témoignages de personnes qui ont été au lycée quelques années auparavant, avec des notes sur l’histoire, sur les personnages qui ont été au lycée, ça crée pourtant des relations entre des gens qui ne sont pas de la même génération. Parce qu’au final, on a juste partagé les mêmes locaux en soi, et donc il faut bien créer...

 

- Tu ouvres là une excellente question. Partager les mêmes locaux... Mais que pourrait on partager d’autre ? Autrement dit, en quoi l’Amicale pourrait être autre chose qu’une simple

« amicale d’anciens locataires » ?

 

- Si on n’avait pas « inventé » l’Amicale, ç’aurait été très dommage ! Car nous sommes dans un lycée très vieux, et on a la chance de pouvoir bénéficier d’une fierté de notre lycée ; fierté d’avoir été dans un très beau lycée, avec des beaux bâtiments... Car si l’on ne considère que les personnes, ce n’est pas du tout le même lycée que tu as connu et que moi je connais. Et finalement,  c’est les bâtiments qu’on partage. Une continuité, et puis un nom, forcément. Pas le nom de la personne de Clemenceau, mais le nom du lycée. Et puis c’est pour ça que je parlais aussi du réseau, parce que c’est une super chance quand on entre dans la vie professionnelle d’avoir des liens avec des gens plus âgés que nous, et même temps de conserver les liens qu’on a faits au lycée.

 

- Fierté du nom, fierté du bâtiment,... Est ce qu’il y aurait d’autres motifs de fierté ?

 

- Fierté de l’histoire du lycée, aussi.

 

- Et la qualité de l’enseignement ?

 

- Heu... Je suis en « ES »... C’est à dire que je ne suis pas dans la filière d’élite de Clemenceau, c’est à dire les « S ». Ceux qui vont ensuite aller en prépa. Je ne crois pas d’une manière générale que « ES » soit considérée comme une filière d’élite. Par exemple quand j’ai dit en seconde que je voulais aller en « ES », deux professeurs scientifiques sont venus me voir pour me convaincre d’aller en « S »... 

Naturellement, quand on est bon élève, on nous dirige vers « S ». Et peut être qu’en « S » il y a davantage cet esprit d’une qualité d’enseignement. Bien sûr, en « ES » nous avons forcément un bon niveau, d’excellents résultats au bac. Mais je n’ai pas l’impression qu’on a un niveau extraordinaire par rapport à d’autres lycées du centre ville. C’est mon sentiment. 

D’un autre côté, peut être qu’il serait plus juste de demander à des profs qui, eux, ont été profs dans d’autres lycées s’ils voient la différence ? Moi, j’ai toujours été dans ce lycée, alors... Pourtant, quand je dis à d’autres gens externes au lycée que je suis à Clemenceau, même des gens de mon âge, ils ont l’impression que... Oui, pour eux il y a quand même une célébrité. C’est un lycée réputé, c’est un excellent lycée ! Mais je ne dirai pas pour autant qu’il a une longueur d’avance sur tous les lycées de Nantes. 

 

- Revenons au point d’entrée. Comment as tu connu l’existence de cette Amicale ?

 

En fait, il faut savoir que je suis passionné d’histoire. Donc, dès la seconde, dès que je suis arrivé au lycée, j’ai commencé de lire le livre « Lycée Clemenceau, 200 ans d’histoire », et dans celui là on parlait à plusieurs reprises d’une Amicale des anciens élèves. J’avais aussi feuilleté des numéros du Vieux Bahut qui étaient au CDI. Mais j’ai vraiment connu les activités de l’Amicale par Mr LITERS que j’ai rencontré en décembre dernier dans le cadre de la préparation de notre conférence sur la liberté d’expression organisée au lycée par la FCPE. (Voir article).

 

- Personnellement, je t’ai découvert lors de ta lecture publique dans la cour d’honneur dans le cadre de la commémoration de l’Armistice 1918. 

 

C’était un texte de Romain Rolland, écrit en 1914, et largement à contre courant de l’opinion générale !

En Terminale, Mr LARRE notre prof d’histoire avait sollicité les élèves de sa classe en demandant qui serait intéressé par lire un texte de son choix à l’occasion de la cérémonie.  A l’origine, j’avais choisi un texte grec, « le serment de Platée » que l’on avait étudié en cours de grec – en effet, je fais grec ancien en option - qui se déroulait à l’occasion d’une commémoration justement en novembre 479 av JC. 

 

- Le serment des Athéniens avant la bataille de Platée contre l’armée Perse - Extrait : 

... Je ne reculerai que si mes chefs ordonnent un repli. Je me conformerai en toutes choses aux ordres des stratèges. J’ensevelirai sur place mes camarades tombés en combattant et je n’en laisserai aucun sans sépulture...

 

Mais quand j’ai relu ce texte ancien, j’ai vu qu’il y avait des appels vengeurs à des actes de guerre brutale, tels que décimer les villes ennemies etc... Ce qui ne correspondait pas à l’esprit de l’Armistice. Du coup, et un peu au dernier moment, on m’a proposé de lire un texte davantage consensuel.

 

- En synthèse, toi qui t’es penché sur l’histoire du lycée, et au passage sur l’histoire de l’Amicale, que penses tu de notre questionnement actuel, qui a justement conduit à la présente interview ?

 

- Je crois que c’est nécessaire pour une amicale. Car le principe d’une amicale d’anciens élèves c’est d’avoir sans cesse le public de nouveaux lycéens ! Je trouve que c’est le rôle d’une amicale d’aller à la rencontre des lycéens et de leur demander ce qu’ils en attendent, d’actualiser, en somme.  Oui, c’est une bonne initiative.  

 

- Oui, mais il se trouve que les lecteurs du Vieux Bahut ne sont pas les lycéens...  

 

- Pourquoi donc les jeunes bacheliers ne sont pas membres de l’association ? Je suis étonné. A l’intérieur du lycée, il y a le Journal du lycée, il y a le Comité de l’histoire, il y a quantité de jeunes qui sont impliqués dans la vie lycéenne... Alors je ne comprends pas. S’ils ont décidé de faire de leurs années lycée une étape vraiment importante, pourquoi n’auraient ils pas envie de rejoindre l’association ? 

Sûrement, il y aurait une démarche d’information plus globale à faire. Les affiches qui sont dans les couloirs, c’est seulement une minorité de gens qui les regardent. Il faut aller les chercher. 

N’est ce pas d’ailleurs ce que vous faites un peu avec le Prix Étincelle ? Un aiguillon pour raviver, aviver la vie lycéenne, l‘encourager, encourager les initiatives. Je trouve que c’est super d’avoir ça dans le lycée aussi.

Alors, pourquoi ne pas les faire participer aux

« Têtes de l’art » organisées chaque année ?

Sauf que cette année - année de « déprime » ? - il n’y aura probablement pas de « Têtes de l’art »... C’est la rumeur qui tourne auprès des élèves. En effet, ce sont les classes de première qui l’organisent tous les ans, et cette année il n’y a pas suffisamment d’élèves de première qui soient motivés. Et les terminales n’ont pas le temps. On ne va pas passer notre bac en organisant en même temps les « Têtes de l’art ». 

Cette année, donc, pas de Têtes de l’art. Comme ça les gens se rendront compte que l’on perd quelque chose, et l’année prochaine, ils essaieront de relancer l’initiative ! 

Mais j’ai aussi une autre hypothèse : jusqu’à maintenant, on avait des classes de TMD dans le lycée, bac technique musique et danse, sauf qu’avec l’ouverture du lycée international Nelson Mandela, sur l’île de Nantes, la section TMD, à partir de l’année après moi, l’année qui devait organiser les « Têtes de l’art » cette année,  a été transférée au lycée international. Donc il n’y a plus d’élèves qui consacrent toute leur scolarité à la musique. 

Et puis il y a les « aménagements d’horaires » qui sont partis au lycée Nelson Mandela. Ce sont les étudiants qu’on emmène au bac général mais qui sont également au consevatoire de musique et qui ont des horaires spéciaux pour leur permettre d’aller à la fois au conservatoire et de suivre des cours. Ça aussi, c’est parti au lycée Nelson Mandela, ce qui fait que l’on a beaucoup moins d’élèves artistes au lycée Clemenceau. Ça pourrait être une autre explication au fait que le festival n’a pas été organisé cette année.   

 

- D’une manière générale, pourrait on dire qu’il y a un certain désinvestissement des jeunes ? Pourtant, à en croire les mouvements de lycéens dans la rue.. ?

 

- Concernant les manifs, on doit le traiter dans le dernier numéro du journal. Mais je suis un peu gêné d’en parler car je ne suis plus en charge de ce numéro, je ne suis plus rédacteur en chef. Il est prévu un dossier de six pages sur les manifs, avec des micros trottoir à l’intérieur du lycée. Un dossier « avant, après », expliquant ce qu’était la situation avant la loi et après la loi. Avec une interview d’un lycéen militant contre le projet de loi et d’un lycéen favorable au projet de loi. Et avec des billets d’humeur pour ou contre le blocus. Sauf que c’est moi qui devait faire ce billet d’humeur contre le blocus et que pour l’instant, seul mon billet d’humeur est parvenu à la rédaction. (C’est le problème de la transition).   

Je crois effectivement que c’est le rôle d’un journal de lycée d’informer les jeunes. Mais pas forcément de manière « lycée-centrée ». On ne va pas faire un article genre « faits divers », en disant par exemple que des gens ont pris des poubelles et les ont mises devant la porte du lycée. Mais plutôt dire vraiment ce qu’est la loi « travail ». En effet, derrière de nombreux débats des politiques, des syndicats, on trouve finalement assez peu d’informations sur ce qu’est exactement cette loi « travail ». Un travail de réflexion. On a du recul, on n’est pas un quotidien. On est un mensuel et on n’a pas le privilège de pouvoir mener de grandes actions. Donc, informer. Par des articles, des billets d’humeur, plus que par des descriptions.

Avec mon journal, on a participé à une rencontre de journalistes il y a un mois à Rennes organisée par une association de journaux lycéens. Et à la fin on avait pris une photo avec une phrase devant nous où était inscrite une phrase du genre « les jeunes ne s’investissent pas, les jeunes ne sont pas engagés... » Justement pour contrer ces préjugés ! 

Au final, je crois qu’il y a quand même un engagement majeur. Cette année, il s’est créé un atelier d’histoire au lycée. Pour le journal, j’y ai fait des recherches sur les champions olympiques qui ont étudié au lycée. Je suis donc allé au Comité de l’histoire à plusieurs reprises. 

Tout ceci prouve encore la vitalité dans l’engagement lycéen. Mais c’est aussi le problème de toute association. On s’en est rendu compte au journal. Avant, on travaillait sur un noyau dur de trois ou quatre personnes, et maintenant avec un noyau dur de quinze personnes, et on se rend compte que ce n’est pas plus simple... Finalement, plus on est et plus les gens se déchargent... 

En réalité, il faut deux ou trois personnes particulièrement investies qui portent la respponsabilité... La minorité agissante... Il faut forcément cette minorité de deux ou trois personnes qui se disent « sans moi, le numéro ne sortira  pas ! » et donc qui s’investissent à fond dans sa réalisation. 

 

Propos recueillis par Bernard ALLAIRE