Interview de Chloé.

Pour le savoir, nous avons décidé de passer « à travers le miroir ».
Nous nous sommes donc tournés vers deux lycéens particulièrement investis dans la vie de leur établissement afin de recueillir en direct leur point de vue.

 

29 avril 2016, café Le Themis Nantes.

Interview de Chloé.


- Voici la question générale, que tu pourras développer de la manière que tu veux. Naturellement, j’interviendrai pour te relancer ou te provoquer...
Quelles attentes, toi, jeune lycéenne, et éventuellement après avis de quelques camarades que tu as pu solliciter - mais ce n’est pas un sondage – pourriez avoir vis à vis de l’Amicale des anciens élèves ?


- Du coup, on a réfléchi, j’en ai parlé avec des camarades et au CVL(Vie Lycéenne). Je leur ai parlé de cette interview. En fait, l’Amicale, c’est pas quelque chose de super connu au lycée. On en entend parler vaguement, on a « Le Vieux Bahut » de temps en temps. C’est quand même super vague ! Ce qui est sûrement dommage !
On en a entendu parler lorsque j’étais en 3ème parce que je participais à ce projet, donc je connaissais déjà.
Du coup, je pense que globalement et concrètement,. Du soutien aux projets ce que les lycéens attendent en plus de savoir qu’elle existe, que vous existez, ce qui serait déjà un bon pas, c’est ce que vous faites en partie avec le prix Étincelle.
Je suis sûre qu’il y a plein de lycéens qui ont envie de faire plein de choses. Mais en général, on a un manque de moyens, financiers ou logistiques, et il n’y a pas beaucoup de moyens d’en obtenir au lycée. Ce n’est pas la mission du CPE, ni du Principal ou du Proviseur. Du coup, si on a une Amicale des anciens élèves, et tout le monde n’en n’a pas ! quitte à en avoir une,.. Ce que les lycéens attendraient ce serait de l’aide pour tous les projets qu’ils peuvent avoir.

- Tu dis : dommage, on ne sait pas qu’elle existe... Ceci appelle nécessairement une première question : comment faudrait il faire pour qu’on le sache ?

- C’est aussi une question que l’on se pose au CVL parce qu’on a beau être au lycée et à l’intérieur même du lycée, il y a des gens qui ne savent pas non plus qu’on existe ! Alors pour vous, c’est encore plus dur ! Ici, vous n’êtes pas toujours quotidiennement en train de dire « Hé ! On existe ! On fait des choses ! »

- Alors, comment faire ?

- Nous, avant, on mettait tout le temps des affiches papier, mais ce n’était pas hyper utile en fait. Parce que les gens ne regardent pas les affiches papier, parce que c’est un peu dépassé, et qu’on ne s’en était pas rendu compte. Maintenant on essaie de faire de la communication moderne entre guillemets. On a un compte Facebook, une page « Jules et ces’arts », une page “Pour les lycéens jules verniens”... On a une adresse mail avec laquelle on peut envoyer des mails à nos abonnés qui veulent en savoir plus. Facebook marche de plus en plus. On a dans l’équipe des administrateurs très actifs qui maîtrisent parfaitement. Du coup, il y a pas mal de gens qui nous envoient des messages pour nous demander quels projets on va faire, pour nous donner des idées pour la prochaine sonnerie...

- On peut mentionner les adresses ?
les adresses exactes :

https://www.facebook.com/Cvljulesverne

https://www.facebook.com/mdljulesverne

https://www.facebook.com/Jules-et-CesArts-301637266631716

- C’est davantage les lycéens qui consultent ces pages, car les collégiens n’ont pas tous des comptes Facebook. Pour les collégiens, en général, lorsqu’on a un gros projet dont on veut leur faire part, la méthode la plus efficace c’est clairement d’aller les voir directement. On fait des passages  dans les classes. On en fait au début de l’année pour présenter le CVL et la MDL (Maison Des Lycéens) et on en fait toute cette semaine pour présenter Jules et Ces’arts. Avec les collégiens, c’est ce qui marche le mieux.
Du coup, pour l’Amicale, pour cibler les gens du lycée, c’est vrai que ce serait plus facile avec tout ce qui est Facebook, réseaux sociaux et tout ça !

- Concrètement, ça voudrait dire quoi ? Car l’Amicale a officiellement un site Facebook...

- Ah bon ? Je ne le savais pas. Il faut le faire vivre. Nous on essaye de poster régulèrement des messages, des affiches, des informatioions sur ce qu’on fait, pour que les gens voient qu’il y a quelque chose de posté et se rendent compte qu’il y a une page, du coup.

- Et l’Amicale a aussi un site...

- Je connais le site. Est ce que vous avez une bonne fréquentation ?

- Pas terrible, car il manque de mises à jour...
Mais bon, supposons que l’Amicale soit connue et que l’une de ses missions – c’est le mot juste ?

- Oui !

- Que l’une de ses missions soit d’apporter un soutien. Par exemple, le Prix Étincelle...

- Oui, c’est le type d’initiatives qui... Je ne sais pas comment on l’a su.. ?

- Sans doute parce qu’à l’époque, nous avions sensibilisé le proviseur adjoint, Yves NOËL et le CPE Pascal OUVRARD et qu’ils  avaient fait redescendre l’information au CVL et créé l’émulsion et l’émulation. Ce qui avait généré des candidatures de projets, dont le vôtre.

- Oui, on l’avait su grâce au CVL. On lui avait proposé notre projet dans le cadre de Jules et Ces’arts de cette année là. Et le CVL nous avait dit « il y a aussi le Prix Étincelle auquel vous pouvez également participer au titre de votre projet ».

- Et l’année suivante, les lauréats sont devenus membres du jury, par exemple ARTHUR et MATÉO.

- Oui, ce sont eux qui ont créé Jules et Ces’ Arts. Ils ont été incroyables ! Ils ont créé Jules et Ces’arts ces deux années. L’année dernière, c’était notre première édition sans eux. On en parle avec respect et admiration totale ! Quand on sait qu’ils ont créé Jules et Ces’arts à partir de rien, alors que pour nous c’est déjà un travail colossal de le recréer chaque année... Aujourd’hui encore on afficherait bien un poster d’eux ! L’année dernière et cette année, c’est la première fois que ce sont des filles vice-présidentes. Le président, c’est le proviseur. Je passe beaucoup de temps à aller le voir, je lui raconte comment on avance dans nos projets...

Chloé (3ème en partant de la gauche) avec son équipe «Paradize», lauréate du Prix Étincelle 2014

- Au delà du Prix Étincelle, quelle aide, quels soutiens l’Amicale pourrait apporter ?


- En termes de mises en contacts, vous pourriez aider des jeunes qui ont des projets mais ne savent pas vers qui se tourner, des projets qui nécessitent des contacts, par exemple la mairie... Des domaines où vous avez plus d’expérience que nous... Une aide sur le plan légal, une aide aux démarches... Le Prix Étincelle, c’est super cool mais c’est principalement financier. Ça pourrait être plus concret, en accompagnant davantage... Mais ce n’est peut être pas ce que vous voulez faire en tant qu’Amicale ?

- Excellente question !

- Vous ne savez pas ce que vous voulez faire ?

- Non et c’est normal en réalité. C’est justement pour cela que nous sommes là toi et moi en ce moment...

- Au delà de soutiens financiers et d’aides pour les démarches légales et administratives, vous pourriez accompagner des jeunes pendant leurs projets. Par exemple, par des rencontres une fois par mois, ce qui permettrait vraiment de soutenir les élèves.

- Comment tu appellerais cela ? « Soutien » ?

- Ce n’est pas « soutien » que je veux dire. C’est plus des rencontres... Des moments d’échanges sur les projets pour aider à avancer... Recevoir ces élèves au lycée une fois par mois par exemple pour faire le point sur l’avancée des projets, sur les difficultés rencontrées... Si c’est un travail de groupe, pour voir quels sont les problèmes à travailler en cohésion...
Si un jeune a comme projet de faire un reportage photos sur la protection des tigres en Inde - c’est super dur à lancer comme projet quand on a 17 ans !.. - il pourrait en parler en début d’année, et l’Amicale proposerait des rendez-vous et le rencontrerait...

- Quel mot, selon toi, pour désigner cela ?

- Coaching. Du coaching d’élèves ! Du coaching de projets. Carrément.
Je ne sais pas si c’est votre but, mais nous avons pensé que l’Amicale pourrait avoir des projets plus réguliers avec des élèves du lycée...
Avec une autre membre du CVL, AMBRE, qui est en Terminale L, on s’était dit que dans notre lycée, il y avait pas mal de clubs à une époque et de choses comme ça, des clubs de dessin, de jeux de rôles,.. Et qu’il y en a beaucoup moins maintenant, parce que les professeurs s’impliquent moins. Avant c’était les professeurs qui lançaient les clubs... - J’en avais créé un avec mon prof de SVT quand j’étais en 6ème... Un éco-club, un peu scientifique, on l’a fait pendant 4 ans, on avait un journal, on écrivait des articles sur les animaux en danger, on avait planté des fleurs dans tout le lycée,..
Aux États Unis où j’ai été 3 mois, tous les soirs il y avait 15 clubs différents qui étaient proposés ! 50 clubs par semaine ! Du coup, quand on revient en France, ça fait un choc parce qu’il n’y a vraiment rien proposé aux élèves en dehors des heures de cours au lycée, très peu de sports, très peu d’activités... Il ne se passe pas grand chose le soir, même sur le temps du midi...

- Autre chose. Tu as soulevé une question intéressante à propos de la moindre implication des professeurs ; ils ne jouent plus autant les courroies de transmission. Nous le constatons aussi, mis à part quelques exceptions de profs qui se démènent vraiment...

- Il y a un manque d’implication, mais il est global, de la part de tout le monde !

- Quand on voit les mouvements où les lycéens sont au contraire très investis... Comment comprends tu ce décalage ?

- Parce que ce n’est peut être pas le même domaine. C’est bien les mêmes jeunes, pourtant. Ceux qui s’impliquent politiquement s’impliquent aussi dans le reste... Du moins ce que j’en vois. Mais il y en a aussi qui s’impliquent politiquement mais pas dans le reste parce que ça leur semble plus important. Surtout en ce moment, je vois bien cela dans ma classe de 1ère L surtout et dans la classe de Terminale L, les jours de manifestationss, nous ne sommes que 6 en classe! Tout le monde fait la manifestation. Parce que ça leur paraît plus important. En fait, c’est compliqué. Il y a aussi des suiveurs et il y a des leaders, plus nombreux dans ce qui est politique.

- Un terrain d’expression davantage porteur ?

- Oui, dans le domaine de la politique, tout le monde au lycée a un avis ; c’est plus facile d’avoir un avis sur la politique. L’avis des parents en général. Pour la politique, tout le monde se sent concerné plus ou moins, alors que par la vie associative les gens n’en ont pas grand chose à faire...

- C’est bizarre, non ?

- Peut être parce que les gens sont plus égoïstes et que du coup, quand c’est politique ça les concerne plus directement... Les gens qui manifestent, ils manifestent pour les autres mais ils manifestent aussi pour eux. Ceux qui manifestent aujourd’hui, un engagement légitime, mais ils se disent « je veux un emploi plus tard, c’est pour ça que je suis contre la loi Travail ». Tandis que l’engagement citoyen dans les associations, c’est davantage pour les autres. Par exemple, je sais que les projets qu’on fait pour le CVL et pour la MDL, c’est pas pour nous, même si au fond on est content de les faire ! 
On se disait, « ça manque les clubs, ça manque les activités  qu’on peut faire au lycée ».
Pendant très longtemps, j’ai été à l’ACCOORD, les centres socio-culturels de la ville de Nantes, parce que j’étais à l’école Jean Jaurès juste à côté d’ici et que j’étais déjà assez impliquée.
Ainsi, avec des copines, on a écrit un magazine de philosophie quand j’étais en CM1 ou CM2... Ça s’appelait « les p’tits philos », c’était pas de la philo en fait, mais on était trop fieres de nous !... C’était des petits documents de 4 pages, on écrivait dedans des petits articles, on les faisait scanner par nos parents et imprimer, et on les distribuait dans les classes

- Il y a une continuité dans tes engagements ?

- C’était moins de l’engagement. On était très heureuses, on écrivait des petits articles, sur « pourquoi il faut tous se respecter et être heureux ensemble » ; on avait fait des pseudo associations de protection des animaux marins, c’était Notre Dame des Landes en version CM1 !.. J’avais aussi motivé ma classe de CM2 à collecter de l’argent pour l’UNICEF. On avait récolté un peu d’argent, c’était déjà pas mal ! C’était chouette, ça ! On avait travaillé sur les droits de l’enfant, on se disait qu’il fallait faire quelque chose...
Du coup, l‘Amicale  pourrait pareillement être porteuse de ces gens qui veulent porter des projets.
Je sais pourquoi je parlais de l’ACCOORD où j’étais quand j’étais petite, je faisais des ateliers, j’ai fait « le club des incorruptibles » qui était un club de lecture avec des personnes plus âgées que nous. J’ai fait de l’aide aux devoirs, toujours avec des personnes âgées qui venaient nous aider chaque semaine. Et du coup, c’est vrai que ce serait bien... Quelque chose qui se développe beaucoup en ce moment, c’est tout ce qui est partage de savoir intergénérationnel... On se faisait la réflexion : il n’y a pas de clubs au lycée, et pas d’intervenants non plus pour le faire... Les secondes sont peut être moins intéresssées, mais quand on est en 6ème et 5ème, on aime bien avoir des personnes plus âgées, pour nous aider pour nos devoirs, ...

- Des gens de l’Amicale pourraient être des intervenants ?

- C’est ça ! Carrément ! Mais à savoir si ça motive des gens de l’Amicale ?!

- A ton avis, pourquoi les élèves de secondes seraient moins intéressées, du fait d’être plus âgés ?


- Je ne sais pas, je le sens comme ça. Pourtant moi, ça m’intéresse tout autant qu’en 6ème et en 5ème. J’aime bien parler avec des personnes plus vieilles que moi. C’est pour ça que je suis là aujourd’hui en fait ! (rire).
Mais c’est vrai qu’avec une autre fille du CVL,  LIZA, quand on passait dans les classes de 4ème, de 3ème et de seconde pour présenter « Jules et Ces’arts », pour distribuer des prospectus et rechercher des intervenants en tant qu’artistes ou  bénévoles, souvent, personne ne disait rien. Tout le monde était là, « bof »... Et nous, on était là, et on se disait « mais pourquoi on passe dans les classes » ? On se sentait super stupides ! Et puis on est passé dans les classes de 6ème, 5ème, et là, on était trop heureuses ! Ils étaient super enthousiastes ! Sur des classes de 30 élèves, quand on demandait qui veut être bénévoles, 25 levaient la main ! C’était génial ! Tous volontaires ! 
Sans doute qu’en 6ème et 5ème on est encore petit, on arrive juste de l’école primaire où c’est plutôt bienveillant.
Tandis qu’en 4ème et 3ème, on est plus timide et davantage conditionné au reste des élèves...

- Alors, les gens de l’Amicale, stimulateurs de projets ?

- Ce n’est peut être pas le bon mot. J’allais plutôt dire « initiateurs d’initiatives » !
Le mot se répète, mais en fait, c’est ça dont on a besoin ! Car après tout, je suis sûre que les jeunes sont prêts à faire plein de choses. Mais ils sont moins prêts à les lancer d’eux mêmes. Bien sûr, il y en a quelques uns qui lancent des choses d’eux mêmes, mais ils sont plus rares...
- Ta lettre à l’Amicale, si elle était le Père Noël, « chère Amicale... » ?

- Initier des initiatives.
Et puis il y a aussi tout ce qui est social. Il y a tout ce qui peut être l’aide aux personnes les plus démunies. Les élèves qui connaissent des difficultés financières évidentes... C’est vrai que c’est peut être moins courant à Jules Verne que dans d’autres lycées... Mais je suis sûre que ça arrive, même si on en parle tout doucement parce-qu’on est un lycée de centre ville, bourgeois.

- En conclusion, dirais-tu que vous attendez que l’Amicale se bouge ?

- Oui, mais il faut qu’on se bouge aussi ! Vous ne devez pas être les seuls à nous proposer des choses, il faut qu’on se bouge ! Mais il faut qu’on sache que si on se bouge, on sera soutenus ! C’est un cercle vertueux. A partir du moment on on sait que si on se bouge, on va être aidés, on va se bouger, et à partir du moment où on se bougera, vous nous aiderez et ça créera une super dynamique !
Et ça pourra créer des trucs super !  

 

Propos recueillis par Bernard ALLAIRE